Qui suis-je

 

   T E X T E S     C H O I S I S      ( 1 )    



    Accueil    

    Qui suis-je ?   

    Activités      

    
Photos       

    Liens         

    Contact     

    Ecrivain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 


  

  

 
     Ecrivain

 

La guerre des chaises                                   

C’est ce samedi matin-là que la guerre des chaises a éclaté. Plus particulièrement dans cet antre étonnant, mariant world, épices, artisanat d’art et velléités littéraires à des senteurs chocolatées ou légèrement infusées.

L’éclat du soleil, déchirant la trame nuageuse et se réfléchissant sur les murs d’en face, servit de signal au déclenchement des hostilités. Inversion ambiguë de la réalité, les gens entraient au Balzac au moment où le froid extérieur, vif depuis l’aube, s’atténuait.

Et ce fut la ruée sur les quelques tables assiégées. « Puis-je vous emprunter cette chaise ? » devint le leitmotiv de la nouvelle croisade matinale. Subrepticement, profitant d’un acquiescement amusé du voyageur en transit, les mains lestes du bonhomme tentèrent d’en saisir deux. « Non ! Non ! J’attends quelqu’un, alors vous m’en laissez une.. ». Sitôt exprimée, la protestation fut respectée. Mais l’attention s’est aussitôt reportée sur la table du couple voisin. Changement de tactique. Le sympathique agresseur donne dans la subtilité tout à coup. « Puis-je prendre votre sac, madame ? ». Et le rire de surgir aussitôt, illuminant un peu plus ce coin de bistrot. La chaise s’en fut donc, objet d’échange subtil.

Le terrain de la bataille se déplaça soudain et c’est la file d’attente des armées qui préparent leur entrée en lice. « J’ai fait la queue pour toi.. », dit une dame à la nouvelle arrivante.

Et les minutes de s’enfuir pour celui qui attend la ravissante inconnue qui ne manquera pas de surgir dans un moment.

Imperturbables, les serveuses au curieux et coloré tablier de brasserie, slaloment dans la joyeuse cohue pour délivrer leurs boissons fumantes et odorantes.

Puis, s’en vient l’énième poussette « grand large » qui tente de se frayer un passage entre deux tables. Et l’on s’extasie, comparant les bouilles épanouies des bébés, ravis de se retrouver au centre du monde. C’est là que débute l’ego, probablement. La descendance freudienne ne manquera pas de travail demain !

La mère en profite pour savourer le fond de la tasse en cherchant à recueillir les dernières gouttes du précieux nectar avec sa petite cuillère. Elle s’applique, avec toute l’inconscience de la futilité.

Les plantes vertes oscillent en cadence au passage de la serveuse, celle qui sourit toujours, heureuse de vivre ici, au cœur du bonheur.

Un cosmonaute, tout de rose vêtu, s’extrait de son emballage protecteur afin de porter un regard curieux sur l’environnement proche.

A côté, la plume zèbre la page vierge d’un mouvement discontinu, figeant cet instant d’éternité.

Le temps n’ose plus regarder la montre qui rythme imperturbablement la mélodie de l’oubli. Autrefois, c’eût été le début d’une fin. Aujourd’hui, le mobile permet de sauver les situations compromises et de rattraper l’étourdie avant qu’elle ne se perde au fond du lit.

La musique, obsessionnelle et à relents africains, couvre par instants le bruit des machines à café. Elles expulsent en force l’air chaud et donnent vie à ces essences chocolatées qui flattent les papilles de l’attente. Les délices se vivent au présent sous la bedaine rayonnante d’Honoré.

 

 

 

 

 

Sur l’étagère, les curieuses lampes biscornues jettent quelques lueurs colorées pour marquer leur présence. Elles compensent les nombreux départs, lorsque l’estomac installe sa dictature.

Marc Biderbost
Morges, 23.11.2002
(texte écrit en observant la vie d'un bistrot sympa) 
          _________________________________________

      [Accueil][Qui suis-je ?][Activités][Photos][Liens][Contact]

        Copyright (c) 2002 Marc Biderbost. Tous droits réservés.