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                                  C O N S C I E N C E    
La conscience ! Ce n’est qu’un mot, mais il cache (ou révèle, selon le point de vue) tout un monde. Vous êtes-vous déjà interrogé à son propos ? La conscience ? tout le monde en a une, dit-on couramment. Et pourtant, ce n’est pas si simple.

Tenez, moi qui vous parle… ou, plutôt, moi qui essaie de vous parler… vous ne m’entendez pas. Je dirais que vous n’avez pas conscience de ma propre existence. Jamais, vous ne vous demandez ce que je ressens, oui, là, chaque jour.

Vous me prenez (notez, au passage, la relation de dépendance dans laquelle vous m’enfermez, ce faisant). Vous me prenez, donc, et vous me dirigez où bon vous semble. Pas une seule fois, vous ne vous demandez si je suis d’accord, si la destination me convient, ou si j’aurais, éventuellement, une autre proposition.    
 
                                                                    
                                                           
Non ! Vous me prenez et, pas un instant, vous n’avez conscience de ma propre conscience. Ben oui, j’en ai une aussi. Oh ! Peut-être pas tout à fait la même que la vôtre. Mais, enfin, j’en ai une, bien à moi. Qui me fait souffrir, parfois, comme la vôtre. 
                                                                                                                         
déroulez pour suivre
Croyez-moi, se retrouver dans des circonstances où l’on porte atteinte à autrui pose une profonde interrogation sur le sens de la vie. Le fait de ne pas avoir choisi l’atteinte à l’autre ne délivre pas de la question. Le bien, le mal, où passe donc la frontière ? Et où se situe la responsabilité ? Suis-je tenue de l’assumer, dès lors que c’est vous qui conduisiez ? Où dois-je en assumer une part, voire l’intégralité ?                                       

Tentons de clarifier le débat et voyons ce qui s’est passé hier au soir. Mon maître m’a prise (remarquez, au passage, le manque de subtilité du langage pour décrire ce rapport de force. Votre conscience n’en a cure… de la mienne, veux-je dire, mais, bref, passons !). Donc, mon maître m’a prise et, sans solliciter mon opinion, m’a jetée contre trois de mes cousines sur le Quai Sarrail.

Ce fait, en soi, mériterait qu’on l’analyse, en terme de conscience. L’a-t-il fait consciemment, volontairement, affaire de nuire ? Ou ce premier accroc résulte-t-il, plus simplement, d’une distraction ? Mais alors, que restait-il de sa conscience ? Oui, la sienne propre. 

De mon côté, j’ai eu conscience d’un horrible froissement de mon aile avant droite. De cela, personne ne s’est préoccupé. Pas plus, d’ailleurs, que de ce qu’ont ressenti mes malheureuses cousines, soudain heurtées dans leur amour-propre !

Mais ce n’était qu’un début. La soirée s’est poursuivie, plus tard, près de la Part-Dieu. Au feu rouge, mon maître n’a pas réagi. Comme si ce signal se fut perdu au niveau d’inconscience.

Et ce fut le drame ! Dont le souvenir me hante encore à l’heure où je tente de vous communiquer mes états d’âme.

Figurez-vous qu’au carrefour, c’est ma propre sœur, elle aussi dénommée Fiesta, que j’emboutis. Pénétrer ma propre sœur, est-ce bien de l’inceste ? Vous comprendrez que ma conscience en est toute retournée et que j’en reste là pour aujourd'hui !     

(texte écrit à Lyon, à l'occasion d'un stage d'écriture dirigé par Judith Lesur) 
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